05.11.2007

Santé: démographie médicale en crise

Après un mois de grève, la crise entre le Ministère de la Santé et les jeunes médecins s'est dénouée. Les deux parties sont parvenues à s'entendre sur un amendement à l'article 33 du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2008. Celui-ci prévoyait initialement de lier le conventionnement du médecin, en pratique le remboursement des soins de ses patients par l'assurance-maladie, à la densité médicale de la zone où il s'installe. L'article 33 constituait une menace à la liberté d'installation et revenait à changer les règles du jeu en cours de route pour les étudiants déjà engagés dans le cursus médical. Voici donc les futurs médecins rassurés.
Pour autant, rien n'est réglé : partout, en France et en Europe, s'installent des déserts médicaux. Ainsi, sous l'égide du Conseil de l'Europe, les élus du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, viennent d'appeler les régions à mettre en place des mécanismes incitatifs pour attirer les médecins dans les zones démographiquement fragiles et prévenir les pénuries. Le récent protocole d'accord français prévoit de mieux définir ces mesures incitatives - qui existent déjà - lors des états généraux de l'offre de soin qui sont prévus début 2008 et auxquels participeront les représentants des internes, des chefs de clinique, des jeunes généralistes et des étudiants. Pourtant, la France jouit actuellement d’une des meilleures densités médicales d’Europe : 315,5 médecins pour 100 000 habitants dont 151 généralistes. Le nombre de médecins y a quasiment doublé depuis 1979. Mais les nombreux départs en retraite à venir conjugués à la réduction drastique des numerus clausus des années 1990 et à la mauvaise répartition des praticiens sur le territoire national, annoncent un avenir moins rose.
Tandis que les régions du Sud et l’Ile de France continuent à enregistrer une densité médicale supérieure à la moyenne nationale, 8 régions - Bretagne, Basse et Haute Normandie, Picardie, Champagne Ardenne, Pays de Loire, Centre et Bourgogne- affichent des taux bien inférieurs. Peut-on imaginer régler le problème de la démographie médicale et des zones sous- médicalisées par la coercition? Il est clair que cette méthode risquerait d’être contre-productive en décourageant des vocations. Et n’y a- t’il pas un paradoxe à demander à une profession libérale de s'inscrire dans une démarche de service public, dans des zones dont l'Etat s'est désengagé petit à petit et où les hôpitaux de proximité ferment un à un? Pourquoi les médecins redoutent-ils à ce point l’exercice en zone rurale ? Charge de travail énorme – jugée inepte à l’ère des 35 heures…-, éloignement des grands centres urbains qui prive leur famille des services culturels et sportifs auxquels ils se sont habitués pendant leurs années de Faculté, chômage annoncé pour le conjoint, crainte de l’isolement professionnel et de ne pas disposer immédiatement du plateau technique d’examens complémentaires auxquels leurs études hospitalières les ont habitués…
Les réformes médicales à engager doivent donc porter sur le règlement région par région des problèmes démographiques par un partenariat entre l’Etat, les collectivités locales et les médecins - mesures incitatives financières, bourses et aides conditionnées par une durée minimale d’exercice, création volontariste de maisons médicales pluridisciplinaires dans les zones rurales, autant de mesures déjà proposées par François Bayrou dans son projet présidentiel- et aussi sur la refonte des études médicales : il est nécessaire d’y donner sa vraie place à la médecine générale et de rendre obligatoires les stages en zone rurale afin que les étudiants y« démystifient »l’exercice professionnel, redécouvrent le plaisir de la médecine clinique et celui d’être un véritable acteur de santé, et non un distributeur de laisser –passer vers le spécialiste comme c’est trop souvent le cas dans les régions où la densité médicale est très forte.

Nicole Jouan
Mouvement Démocrate
2 novembre 2007

10.04.2007

François Bayrou plus attentif aux questions de santé publique que ses deux concurrents

Parmi les principaux candidats à l'élection présidentielle, François Bayrou arrive en tête d'un classement concernant les engagements en terme de sécurité sanitaire.

Les professeurs Gérard Dubois, Claude Got, François Grémy, Albert Hirsch et Maurice Tubiana, ont interrogé les candidats sur les principales causes de décès "que sont le tabac, l'alcool, les aliments industriels, les véhicules automobiles et, enfin, l'amiante et la pollution de l'air."
François Bayrou arrive en tête du classement des trois candidats principaux, avec la note de 22 sur les 39 points possibles, devant Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, recueillant respectivement 20 et 19 points.

11.03.2007

Réflexions sur la médecine et la santé

S'il paraît excessif de considérer, dans le contexte de chômage de masse que connaît la France, que le corps médical est sinistré, il n'est sûrement pas exagéré d'en faire une profession en crise. Depuis plusieurs années déjà, les conditions d'exercice ont changé au rythme des bouleversements qui agitent la société dans son ensemble. La bureaucratie a fait son entrée pernicieuse dans les cabinets médicaux : sous prétexte de rationaliser les soins et de simplifier les remboursements aux assurés, les contraintes d'ordre administratif , dévoreuses de temps, n’ont cessé de s'accroître. La baisse du numerus clausus à la sortie de la première année médecine a abouti à une carence des effectifs médicaux, cruciale en zone rurale, avec son cortège de difficultés en matière de permanence des soins, et ses praticiens stressés aux emplois du temps surchargés . La judiciarisation galopante des relations médecin – malade traumatise les professionnels de santé, oblige certains spécialistes à contracter des assurances au coût prohibitif et décourage les vocations de chirurgiens et d’anesthésistes. Enfin, le fait d'être désigné par les médias et les autorités comme unique responsable des déficits des comptes sociaux n’a rien d’encourageant… Et la dernière réforme de l'assurance maladie (choix d'un médecin traitant, organisation d'une filière de soins généralistes-spécialistes, contribution de 1 euro par patient par consultation) ne semble pas être de nature à leur redonner foi en l'avenir : sur 14 000 médecins ayant répondu à l'enquête diligentée par l'UDF à l'automne 2005, seuls 14 % ont estimé que c'est une bonne réforme... Un de ses principaux défauts étant, quoi qu'on en dise, de compromettre l’équité dans l’accès aux soins en instaurant une « médecine à deux vitesses » avec d'un côté, la population capable financièrement de supporter des dépassements d'honoraires et des franchises de plus en plus importantes, et de l'autre... les autres. Est-ce cela que veut la République Française ?

Où sont les solutions ? Il n ‘y a sûrement rien de simple , mais le projet santé de François Bayrou apporte des éléments de réponse. Il s'articule autour d'une vraie régionalisation de la santé, permettant d'adapter au mieux l'offre de soins aux caractéristiques démographiques et sanitaires de chaque région, de régler au plus près le problème de la désertification des zones rurales( 200 communes françaises n’ont plus de généraliste )et de responsabiliser plus directement les différents partenaires, professionnels de santé et assurés sociaux. Il sera enfin possible de pointer réellement du doigt les disparités régionales dans la prise en charge des patients : un praticien de province n’a pas à être mis dans le même sac que ses confrères des régions Parisienne et PACA qui dépensent deux fois plus pour leurs patients sans justification sanitaire et appliquent souvent des dépassements d’honoraires qui oublient « tact et mesure ». De même, le projet met l'accent sur l'une des carences cruciales de notre système de soins, la prévention, et vise à mettre en oeuvre d’une vraie et vaste politique d'éducation à la santé, pilier de la maîtrise médicalisée des budgets.

Dans tous les pays développés, les dépenses de santé ne cessent d'augmenter, allant jusqu'à représenter 15 % du PIB aux États-Unis, contre 10 % en France. Le vieillissement de la population en est responsable, ainsi que l'amélioration des techniques de diagnostic et des thérapeutiques, et les exigences galopantes des patients auxquelles répondent les médecins au nom du fameux « principe de précaution ». Ceci n’empêche pas de vouloir rendre les coûts soutenables. Mais les médecins en ont assez des divers plans de maîtrise comptable qui n'ont pas dit leur nom. Ils ne sont pas que de vilains gaspilleurs de l'argent public, mais les artisans de la bonne santé de leurs concitoyens. François Bayrou leur offre une vraie vision claire, positive et un projet pour, à la fois, garantir leurs conditions d’exercice, et maintenir l’accès aux soins à tous les français. Qui dit mieux ?

N. Jouan